•      L'aube était trop douce et le ciel trop bas, les dernières silhouettes de la nuit fuyaient le matin fatigué. Je l'ai croisée au détour d'une rue, sortie d'on ne sait où, petite ombre brune échappée d'on ne sait quels bras complices, furtive comme les caresses coupables.
         Sa peau était trop pâle et son regard trop grand. Elle serrait tout contre elle un soyeux parapluie froissé, et les parfums encore mêlés d'une nuit volée à leur vie. Le monde était absent et ses pas légers comme son cœur ; j'ai fait semblant de ne pas l'avoir remarquée pour ne pas déranger son sourire.
         Lui devait être de cet âge où l'autre a oublié ce qu'attention veut dire, où le commun rattrappe des chimères depuis longtemps enfouies, et j'imaginais ses tempes un peu argentées se pencher sur les rires voluptueux et imaginatifs d'une jeunesse qui n'avait attendu que lui.
         Elle allait se reposer, laissant se diffuser dans ses draps des souvenirs brûlants, et lui se laisser à nouveau kidnapper par un quotidien ni plus ni moins. Et demain...
         Demain elle s'ennuierait de lui, demain elle lui manquerait, la courbe délicieuse de ses fesses, de ses seins, si bien faite pour le creux de ses mains ; il voudra encore la fraîcheur d'une amante si douce avec son corps, si accordée à ses désirs qu'il en fut étonné la première fois, comme si elle l'avait inventée. Il se sentira penaud et vide de ne pouvoir la remplir de jouissance, et elle n'aura de pensée que pour ce corps qu'elle connaît déjà comme s'il était le sien, pour cet homme qu'elle aime comme seul peut faire aimer l'interdit...


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  •      Il y a longtemps que je ne sais plus l'heure qu'il est. Et la pendule à beau me la rappeler, il y a longtemps que je ne la crois plus. Le présent est si trompeur, tiens : regarde ces derniers rayons du jour qui claquent à travers le vitrail et font exploser les couleurs, peux-tu me jurer que quelques secondes ne suffiront pas à les masquer, que quelque nuage ne me privera pas de leur calme tout juste savouré ? Que sais-tu du présent ? A peine un instant et tant de craintes.
         C'est pourquoi je parle souvent au passé, négligeant les regrets comme d'un coup de gomme on brise le trait, zèbrant le temps d'autant de lacunes qu'il en faut pour n'être plus que l'essentiel.
         Le temps se froisse et se déchire, l'avenir serré sur d'incroyables espoirs, les poings tournés vers de vaines colères, et le silence de la plénitude pour chaque instant volé au chaos.
         Le vitrail va s'éteindre et les lueurs du soir caresser nos désirs ; c'est le temps des ellipses, des mots esquissés, poussez la porte, installez-vous...............


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  •      Le temps était passé, le coeur usé de la pendule courait les secondes, et dans la lumière orangée d'un abat-jour, le divin velours du divan plus que jamais m'était refuge. Divan, Ivan, diva, devin... Juste s'allonger, laisser l'ambre d'un verre détendre les sens, et goûter les couleurs comme si le monde se résumait à la lumière. Lux, luxe, absence et plénitude. Je suis là.

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